La maison du gardien · Le salon du dimanche soir

Quand lundi arrive en avance

Un dimanche soir, de 17 h à 23 h

Le dimanche soir, [il|elle] est là. Et puis, petit à petit, une partie [de lui|d’elle] part déjà vers lundi. Parfois, elle revient.

Le dimanche n’est qu’un exemple : la même chose peut arriver un vendredi soir, en vacances, ou dans n’importe quel moment censé être à soi.

Mode d’emploi : faites avancer la soirée, et regardez les deux jauges. Leur total dépasse parfois 100 % : c’est voulu. Ce qui se passe dedans n’est qu’une hypothèse : la personne en face de vous, c’est vous qui la connaissez.

Je partage la vie…
17 h 00Dimanche soir
Ici, avec vous
Déjà lundi

Ce qui se passe dedans, peut-être

Lundi arrivera à son heure. Le dimanche soir, lui, peut rester un peu à vous deux.

La question à garder

La prochaine fois, à quel signe sentirez-vous que lundi s’invite ? Et vous, que se passe-t-il en vous à ce moment-là ?

Une piste : en parler à un autre moment, quand lundi n’est pas encore là, laisse souvent plus de place à l’échange.

Toute la soirée en version texte

17 h 00. Retour de balade. [Il|Elle] rit, les joues rouges. Le week-end a fait son œuvre : la tête s’est vidée, le corps aussi. Lundi est loin, et [il|elle] est [tout entier|tout entière] ici. C’est souvent son meilleur moment de la semaine, et [il|elle] le sait.

18 h 00. [Il|Elle] jette un œil à son téléphone. Juste un œil. Un mail d’un client, envoyé un dimanche. [Il|Elle] ne l’ouvre pas, mais l’objet suffit : dans sa tête, une liste se met en route. Ce qu’il faudra répondre, à qui, avant quelle heure. Rien n’est urgent, mais tout redevient présent. Plutôt que « Lâche ce téléphone », une question ouverte (« Quelque chose t’attend demain ? ») [lui|lui] laisse la place de dire, ou pas.

19 h 00. [Il|Elle] prépare le dîner, en silence. [Il|Elle] range la semaine : qui sera absent, quel devis doit partir, quelle conversation [il|elle] repousse depuis dix jours. Ce n’est pas forcément de l’inquiétude, mais c’est au moins de la logistique, et elle prend toute la place.

20 h 00. À table, [il|elle] vous demande deux fois la même chose. Une partie [de lui|d’elle] est déjà au rendez-vous de lundi, 9 h, avec un salarié qui ne va pas bien. [Il|Elle] cherche les mots justes, ceux qui soutiennent sans rien promettre. [Il|Elle] ne s’en rend pas compte, mais vous l’avez remarqué. Et vous ? Vous [l’avez senti ailleurs|l’avez sentie ailleurs]. En être agacé.e, ou vous sentir un peu seul.e à table, c’est légitime aussi.

21 h 00. Devant le film, vous [lui|lui] prenez la main. Votre main [le|la] ramène ici, sans qu’[il|elle] ait eu à le demander. Un dimanche soir se partage aussi sans mots, et ce geste compte plus pour [lui|elle] qu’[il|elle] ne saurait le dire.

22 h 00. [Il|Elle] ouvre l’agenda de la semaine, « pour voir ». [Il|Elle] veut savoir à quoi s’en tenir. Voir la semaine en entier transforme souvent le flou en liste, et la liste rassure. Parfois, c’est l’inverse : un rendez-vous oublié, et la nuit sera plus courte. Et vous ? Vous attendiez peut-être ce moment pour parler d’autre chose. Votre dimanche soir compte autant que le sien. Dire simplement ce que vous voyez (« Je te sens déjà dans ta semaine ») ouvre souvent davantage qu’un reproche ou qu’un silence.

23 h 00. [Il|Elle] éteint la lumière et dit : « Bon, allez. » « Bon, allez », c’est une petite décision : laisser lundi arriver à son heure. Ce qui reste en suspens attendra demain : [il|elle] essaie de s’en convaincre, mais n’y parvient pas toujours.

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