Pièce n° 12 · Aile de Nicolas

La Chambre des grandes questions toutes simples

À hauteur d’enfant · les grandes personnes peuvent s’asseoir par terre

Ici, on pose les questions que les grandes personnes ont arrêté de poser. Elles avaient l’air trop simples.

Mode d’emploi : lisez ce qui est punaisé au mur, puis ouvrez la boîte à questions.

« Papa, il fait quoi comme travail ? »

Punaisé au mur, à hauteur d’enfant : le métier du maître des lieux, vu d’en bas, au temps où il dirigeait une imprimerie.

  • « Mon papa, il est patron. Il imprime des affiches plus grandes que la maison. »
  • « Dans son usine, les machines font du bruit et ça sent l’encre. J’adore. »
  • « Ils sont dix-huit à travailler avec lui. C’est presque une classe entière. »
  • « Il dit jamais « parce que c’est comme ça ». C’est énervant, parce qu’après, il faut réfléchir. »
  • « Le patron, c’est celui qui dit bonjour à tout le monde le matin. Même aux machines. » SC !
  • « Il a imprimé mon dessin en très grand. Personne d’autre a un papa qui fait ça. »
  • « Quand il rentre, il sent le papier neuf. »
  • « Sur sa porte, c’est écrit « Direction ». Mais il la ferme presque jamais. »
  • « Les grands l’appellent par son prénom. Moi, j’ai le droit de dire « papa ». »

La boîte à questions

Trois cubes, trois questions d’enfant. Ici, c’est vous qui les posez. Ou qui les recevez.

Choisissez une habitude de grande personne. Puis demandez « pourquoi ? », comme un enfant : jusqu’au bout.

Les questions les plus simples sont souvent celles qu’on n’ose plus poser.Si vous voulez en poser une à voix haute, la cuisine est juste à côté.

Toute la chambre en version texte

Punaisé au mur. « Mon papa, il est patron. Il imprime des affiches plus grandes que la maison. » « Dans son usine, les machines font du bruit et ça sent l’encre. J’adore. » « Ils sont dix-huit à travailler avec lui. C’est presque une classe entière. » « Il dit jamais « parce que c’est comme ça ». C’est énervant, parce qu’après, il faut réfléchir. » « Le patron, c’est celui qui dit bonjour à tout le monde le matin. Même aux machines. » « Il a imprimé mon dessin en très grand. Personne d’autre a un papa qui fait ça. » « Quand il rentre, il sent le papier neuf. » « Sur sa porte, c’est écrit « Direction ». Mais il la ferme presque jamais. » « Les grands l’appellent par son prénom. Moi, j’ai le droit de dire « papa ». »

Pourquoi ? « Je relis tous les devis avant qu’ils partent. » Pourquoi ? Pour qu’il n’y ait pas d’erreur. Pourquoi ? Parce qu’une erreur, ça peut coûter cher. Pourquoi ? Parce qu’il y en a eu une, une fois. Il y a six ans. Pourquoi ? Parce que… c’est comme ça qu’on fait, maintenant. Au quatrième « pourquoi », il ne reste plus de raison. Il reste une habitude, née d’une seule erreur, il y a six ans. Si vous ne relisiez que les devis qui le méritent vraiment, lesquels seraient-ce ?

Pourquoi ? « Je réponds à mes mails le soir, après le dîner. » Pourquoi ? Pour ne pas prendre de retard. Pourquoi ? Parce que dans la journée, je n’ai pas le temps. Pourquoi ? Parce que dans la journée, je réponds aux questions de tout le monde. Pourquoi ? Parce que… c’est comme ça, quand on est le patron. « C’est comme ça, quand on est le patron » : c’est une croyance, pas une fiche de poste. Parmi les questions qu’on vous pose dans la journée, lesquelles pourraient trouver leur réponse sans vous ?

Pourquoi ? « On fait une réunion de deux heures tous les lundis. » Pourquoi ? Pour que tout le monde soit au courant. Pourquoi ? Parce que sinon, l’information circule mal. Pourquoi ? Parce qu’on l’a mise en place quand on était quatre. Pourquoi ? Parce que… on l’a toujours faite. L’équipe a changé. La réunion, elle, est restée la même. Si vous créiez cette réunion aujourd’hui, pour l’équipe d’aujourd’hui, à quoi ressemblerait-elle ?

Et si tu partais trois semaines, sans ton téléphone ? Ce qui s’arrêterait. Ce qui continuerait très bien sans vous. Et ce que quelqu’un d’autre apprendrait à faire. Qu’est-ce qui continuerait très bien sans vous, dès le mois prochain ?

Et si c’était toi, le nouveau, dans ton entreprise ? Le regard du nouveau voit ce que l’habitude ne voit plus. Qu’est-ce qu’une personne arrivée lundi trouverait étrange, chez vous, dès la première semaine ?

Et si t’avais le droit de pas savoir ? Ne pas savoir peut être un endroit d’où partir, plutôt qu’un aveu. Sur quel sujet pourriez-vous dire, cette semaine : « je ne sais pas encore » ?

Le tableau de bord de quinze pages : Ça sert à quoi, si personne le lit ? Un indicateur que personne ne regarde ne mesure plus qu’une chose : le temps passé à le remplir. Quel chiffre, un seul, vous dit vraiment si ça va ?

Le titre sur la carte de visite : Ça sert à quoi d’être le chef, si tu fais tout toi-même ? Un rôle se définit aussi par ce qu’on cesse de faire. Qu’est-ce que vous faites encore vous-même, alors que votre rôle vous attend ailleurs ?

Les vacances : Ça sert à quoi, des vacances, si tu emportes ton ordinateur ? Le repos fait partie du travail de dirigeant.e. Il se prépare, comme le reste. Que faudrait-il préparer pour que vos prochaines vacances en soient vraiment ?