Pièce n° 09 · Aile du visiteur
La Salle des rouages
Quand une situation coince, le problème n’est pas forcément là où vous le cherchez. Ni au niveau où vous le cherchez.
Mode d’emploi : choisissez une situation, puis tournez la manivelle. Vers le haut comme vers le bas.
1. La situation qui coince
2. La machine
- SC !
Un rouage qui coince n’est pas forcément celui qui grince.
Toutes les questions en version texte
Je délègue, puis je reprends tout. Vous confiez un dossier. Quelques jours plus tard, vous le reprenez en main, et souvent vous le refaites vous-même.
- Autour : Repensez au dernier dossier que vous avez repris. Quel jour était-ce, quelle échéance approchait, qui était concerné ? Ce contexte revient-il d’une fois sur l’autre ? Si oui, est-ce le dossier qui coince, ou le moment où vous le confiez ?
- Ce que je fais : Décrivez, geste par geste, ce que vous faites entre le moment où vous confiez et celui où vous reprenez : vous vérifiez, vous relancez, vous corrigez ? À quel geste précis la délégation s’arrête-t-elle ? Que se passerait-il si vous ne faisiez pas ce geste-là, une seule fois ?
- Ce que je sais faire : Quand vous avez confié ce dossier, qu’avez-vous dit clairement : le résultat attendu, la date, ce que la personne pouvait décider seule ? Qu’est-ce qui est resté dans votre tête, sans être transmis ? Un oubli, ou une compétence que vous n’avez pas encore travaillée ?
- Ce qui compte : Quand vous reprenez le dossier, qu’essayez-vous de protéger : la qualité, un client, votre réputation, autre chose ? Que croyez-vous qu’il arriverait si c’était fait autrement que par vous ? D’où vous vient cette certitude ?
- Qui je suis : Dans cette histoire, quel rôle tenez-vous : le dernier rempart, celui qui sait, celui qui sauve ? Si ce dossier réussissait sans vous, qu’est-ce que cela dirait de vous ? Et qu’est-ce que cela vous ferait ?
- Ce qui me dépasse : Qu’est-ce que cette manière de faire empêche de grandir autour de vous : une personne, une équipe, un projet ? Dans un an, que voudriez-vous que vos équipes sachent faire sans vous ? Et à quoi serviriez-vous, alors ?
Mon équipe me demande tout. Pour chaque décision, même petite, on vient vous voir. Vous êtes devenu.e le passage obligé.
- Autour : Sur quels sujets vient-on vous voir : des urgences, des broutilles, des sujets que personne d’autre ne peut trancher ? Dans l’organisation actuelle, qui d’autre que vous a vraiment le droit de décider ? Est-ce dit clairement, ou seulement supposé ?
- Ce que je fais : Quand quelqu’un vient avec une question qu’il pourrait trancher seul, que faites-vous dans les trente secondes qui suivent ? Que se passerait-il si, la prochaine fois, vous répondiez par une question : « Et toi, tu ferais quoi ? »
- Ce que je sais faire : Savez-vous laisser quelqu’un se tromper sur une petite décision, sans intervenir ? Qu’avez-vous appris, vous, en vous trompant ? Qui vous avait laissé cette place ?
- Ce qui compte : Qu’est-ce qui vous rassure, quand on vient vous demander ? Être indispensable, est-ce une contrainte que vous subissez, ou quelque chose qui vous nourrit aussi un peu ?
- Qui je suis : Êtes-vous celui ou celle qui sait, ou celui ou celle qui fait grandir ? Lequel des deux aimeriez-vous qu’on décrive, le jour où vous passerez la main ?
- Ce qui me dépasse : Que deviendrait l’entreprise si vous étiez absent.e un mois, sans téléphone ? Qu’est-ce que cette réponse vous dit de ce que vous avez construit, et de ce qui reste à construire ?
Je repousse une décision. Une décision importante attend depuis des semaines. Vous y pensez souvent, sans la prendre.
- Autour : Qu’est-ce qui, autour de vous, rend cette décision plus lourde aujourd’hui qu’au moment où elle s’est posée ? Si rien ne bougeait autour de vous, combien de temps attendriez-vous encore ?
- Ce que je fais : Que faites-vous, concrètement, à la place de décider : vous cherchez une information de plus, vous demandez un avis, vous passez à autre chose ? Cette information de plus changerait-elle vraiment votre décision ? Ou est-ce une façon de gagner du temps ?
- Ce que je sais faire : Avez-vous déjà pris une décision de ce genre ? Qu’est-ce qui vous avait aidé, cette fois-là ? Qu’est-ce qui vous manque aujourd’hui : une méthode, une compétence, un regard extérieur ?
- Ce qui compte : Qu’est-ce que cette décision met en jeu, qui compte vraiment pour vous ? Quelle option choisiriez-vous si vous étiez sûr.e que personne ne vous en voudrait ?
- Qui je suis : Quel.le dirigeant.e devenez-vous si vous tranchez dans un sens ? Et dans l’autre ? Laquelle de ces deux personnes reconnaissez-vous le plus ?
- Ce qui me dépasse : Pour qui, au-delà de vous, l’attente a-t-elle un coût ? Si l’une de ces personnes vous posait la question demain, que lui répondriez-vous ?
J’ai perdu l’envie. L’entreprise tourne. Mais le matin, l’élan n’est plus là, sans que vous sachiez très bien ce qui l’a éteint.
- Autour : Qu’est-ce qui a changé depuis que l’élan se fait plus rare : l’entreprise, votre rôle, votre vie à côté ? Si vous pouviez situer le moment où l’envie a commencé à baisser, que se passait-il alors ?
- Ce que je fais : Qu’avez-vous arrêté de faire, sans vraiment le décider ? Et que faites-vous encore, sans en avoir envie ? Dans une semaine type, combien d’heures passez-vous sur ce qui vous plaît encore ?
- Ce que je sais faire : Quelle compétence n’utilisez-vous plus, alors qu’elle vous rendait fier.ère ? Que deviendrait votre semaine si vous lui rendiez une place, même petite ?
- Ce qui compte : Qu’est-ce qui comptait pour vous quand vous avez commencé ? Qu’est-ce qui compte encore ? Entre les deux réponses, qu’est-ce qui s’est perdu en route, et qu’est-ce qui vous manque vraiment ?
- Qui je suis : Le rôle que vous tenez aujourd’hui vous ressemble-t-il encore ? Si vous deviez le réécrire, que garderiez-vous, et que laisseriez-vous à quelqu’un d’autre ?
- Ce qui me dépasse : À quoi, à qui aimeriez-vous contribuer maintenant ? Votre entreprise peut-elle servir cela, telle qu’elle est ? Ou faudrait-il qu’elle change, elle aussi ?
Ça coince avec mon associé.e. Les désaccords se multiplient, ou ne se disent plus. Quelque chose a changé entre vous.
- Autour : Dans quelles situations, précisément, ça coince : en réunion, sur l’argent, devant l’équipe, à deux ? Y a-t-il encore des moments où tout va bien entre vous ? Qu’ont-ils de différent ?
- Ce que je fais : Que faites-vous, vous, quand le désaccord monte : vous haussez le ton, vous vous taisez, vous contournez ? Et que fait votre associé.e juste après ? Le même enchaînement revient-il d’une fois sur l’autre ?
- Ce que je sais faire : Savez-vous dire un désaccord sans qu’il devienne une attaque ? Et l’entendre sans vous défendre ? Avez-vous vraiment essayé, avec cette personne-là ? Qu’est-ce qui vous en a empêché ?
- Ce qui compte : Sur quoi êtes-vous d’accord, au fond ? Et sur quoi ne l’êtes-vous plus ? Le désaccord porte-t-il sur ce que vous faites, ou sur ce qui compte pour chacun de vous ?
- Qui je suis : Qui êtes-vous dans ce duo : le moteur, le frein, le médiateur, le gardien ? Est-ce le rôle que vous aviez choisi en vous associant ?
- Ce qui me dépasse : Qu’est-ce que vous construisez ensemble, que ni l’un ni l’autre ne ferait seul ? Vu de l’extérieur, ce projet commun vaut-il encore l’effort de vous retrouver ?
Ma vie perso passe après. Le soir, le week-end, en vacances : l’entreprise est là. À la maison, on vous le fait remarquer.
- Autour : À quels moments, précisément, le travail déborde : le dîner, le coucher des enfants, le dimanche soir, les vacances ? Y a-t-il un moment où il ne déborde pas ? Qu’est-ce qui le protège ?
- Ce que je fais : Que faites-vous, concrètement, quand vous êtes à la maison : vous consultez vos mails, vous prenez un appel, vous y pensez sans rien dire ? Si quelqu’un de votre famille décrivait votre soirée d’hier, que raconterait-il ?
- Ce que je sais faire : Savez-vous fermer la journée : poser ce qui reste, et le laisser jusqu’au lendemain ? Qu’est-ce qui vous manque pour le faire : un rituel, une organisation, quelqu’un pour prendre le relais ?
- Ce qui compte : Que croyez-vous qu’il arriverait si vous étiez vraiment injoignable un soir par semaine ? Entre l’entreprise et vos proches, qu’est-ce qui passe en premier aujourd’hui ? Est-ce l’ordre que vous auriez choisi ?
- Qui je suis : À la maison, qui êtes-vous : le parent, le conjoint, ou encore le dirigeant ? Quelle place aimeriez-vous y tenir, si l’entreprise vous la laissait ?
- Ce qui me dépasse : Pour qui travaillez-vous autant, au fond ? Ces personnes-là vous demandent-elles vraiment ce prix ?
Un client me pèse. Exigeant, souvent mécontent ou en retard de paiement : vous redoutez ses appels, et vous continuez quand même.
- Autour : Qu’est-ce qui, précisément, vous pèse avec ce client : ses demandes, son ton, ses délais de paiement, autre chose ? Ce qu’il vous fait vivre, d’autres clients vous le font-ils vivre aussi, en plus léger ?
- Ce que je fais : Que faites-vous quand il appelle : vous décrochez tout de suite, vous repoussez, vous cédez avant même qu’il insiste ? Qu’est-ce que votre façon de répondre lui a appris sur ce qu’il peut vous demander ?
- Ce que je sais faire : Savez-vous poser un cadre à un client : ce qui est compris dans le prix, et ce qui ne l’est pas ? Ce cadre était-il clair au départ, pour lui comme pour vous ?
- Ce qui compte : Qu’est-ce qui vous retient de lui dire non : le chiffre d’affaires, la peur de perdre la relation, votre image ? Combien vous coûte vraiment ce client, en temps, en énergie, en sommeil ?
- Qui je suis : Face à lui, qui êtes-vous : le prestataire qui rend service, ou le partenaire qui apporte une expertise ? Lequel des deux aimeriez-vous qu’il voie en vous ?
- Ce qui me dépasse : Ce client vous aide-t-il à construire l’entreprise que vous voulez, ou vous en éloigne-t-il ? Si vous pouviez choisir vos clients demain, lui ressemblerait-il ?
Je n’ose pas augmenter mes prix. Vos coûts montent, vos tarifs restent. À chaque devis, vous rabotez un peu, au cas où.
- Autour : Quand avez-vous revu vos prix pour la dernière fois ? Qu’est-ce qui a changé depuis, autour de vous ? Vos concurrents, vos fournisseurs, vos salariés ont-ils, eux, changé leurs prix ?
- Ce que je fais : Que faites-vous au moment de chiffrer un devis : vous calculez, puis vous enlevez un peu « au cas où » ? D’où vient ce « au cas où » ? Que redoutez-vous, au juste ?
- Ce que je sais faire : Savez-vous expliquer ce que vaut votre travail, autrement que par le temps passé ? Qu’est-ce que vos clients obtiennent grâce à vous, qu’ils ne trouveraient pas ailleurs ?
- Ce qui compte : Que croyez-vous qu’un client penserait si vous augmentiez vos prix ? Et vous, que pensez-vous d’un professionnel qui facture le juste prix ?
- Qui je suis : Quand vous rabotez un devis, qui êtes-vous : le commerçant prudent, le gentil, celui qui doute de sa valeur ? Quel professionnel aimeriez-vous être, le jour où vous enverrez un devis sans rien enlever ?
- Ce qui me dépasse : Qui paie, au bout du compte, les prix que vous n’augmentez pas : vous, votre équipe, votre famille ? Qu’est-ce que des prix justes vous permettraient de faire, que vous ne faites pas aujourd’hui ?
Une autre situation
- Autour : Où, quand et avec qui la situation se produit-elle ? Qu’est-ce qui revient d’une fois sur l’autre ? Et quand elle ne se produit pas, qu’est-ce qui est différent ?
- Ce que je fais : Que faites-vous, concrètement, juste avant, pendant et juste après ? Lequel de ces gestes pourriez-vous changer dès la prochaine fois, pour voir ?
- Ce que je sais faire : Que savez-vous faire, ou pas encore, qui jouerait ici ? Qui, autour de vous, sait le faire ? Qu’est-ce qui vous retient de le lui demander ?
- Ce qui compte : Qu’est-ce qui compte pour vous, dans cette histoire ? Qu’essayez-vous de protéger ? Et si ce que vous protégez était justement ce qui vous bloque ?
- Qui je suis : Qui êtes-vous, dans cette histoire ? Quel rôle y jouez-vous, peut-être sans l’avoir choisi ? Quel rôle aimeriez-vous y tenir ?
- Ce qui me dépasse : À quoi, à qui cette situation est-elle reliée, au-delà de vous ? Vue de là, est-elle aussi lourde qu’elle en a l’air ?
