Pièce n° 08 · Aile du visiteur

La Salle de montage

Une situation arrive rarement avec ses sous-titres. On va revoir cette scène. Pas pour trouver un coupable. Pour voir ce qui s’y joue.

Mode d’emploi : regardez d’abord le film de Claire. Puis remettez-y des plans, un par bac, et regardez où cela la mène. Rien n’est à écrire.

Séquence brute · scène fictive● Rec

La réunion du lundi

Claire dirige une entreprise de 8 personnes. En réunion d’équipe, Karim annonce qu’une livraison client aura quatre jours de retard. Claire hausse le ton, devant tout le monde. Karim ne dit plus rien jusqu’à la fin.

Premier commentaire de Claire« Il fallait bien que quelqu’un siffle la fin de la récréation. »

Claire vous confie son film. Sa demande :« Que Karim soit plus fiable. »

Vous êtes au montage. Chaque plan que vous remettez l’aide à regarder sa situation autrement, et à avancer.

  1. Le film de Claire
  2. Demande
  3. Présent
  4. Écologie
  5. À qui appartient quoi
  6. Objectif
  7. Plan d’actions
  8. Scène rejouée
  9. Bilan et autonomie

1. Le film de Claire

Voici la scène telle que Claire l’a montée, avec sa voix off. C’est son film. Il tient debout.

Un film de Claire

« Le retard de Karim »

  1. Plan 1 · voix off« Karim annonce encore un retard. »
  2. Plan 2 · voix off« Je recadre, c’est mon rôle. »
  3. Plan 3 · voix off« Le dossier repart. »

FIN

Ce que le film ne montre pas

Trois plans, une seule caméra, une seule voix. Les angles morts sont ailleurs :

  • Ce qui s’est passé dans la salle, et que la caméra n’a pas gardé.
  • Ce que Karim savait, vivait ou croyait, de l’autre côté de la caméra.
  • Ce que cette scène produira, dans trois semaines ou trois mois.

Et si la demande de Claire venait, en partie, de ce que son film ne montre pas ?

La table de montage

Il s’est passé bien d’autres choses, avant, pendant et après la réunion. Ouvrez les bacs l’un après l’autre : dans chacun, le plan que vous choisissez s’ouvre sur ce que Claire découvre. Il n’y a pas de bonne version à trouver.

Les rushs

Bac 1 sur 3 · Clarifier la demande

Les faits coupés

Ce qui s’est vraiment passé, et que le film de Claire ne montre pas.

Question du monteurKarim n’est pas fiable : qu’est-ce qui, dans les images, permet de le dire ?

Choisissez un seul plan, ou aucun : un monteur n’a pas la place de tout garder.

Titre du film

Votre montage

    La projection

    Le film de Claire

    Votre montage

    Même scène. Ce qui change, c’est ce qu’on a gardé.

    5. À qui appartient quoi ?

    Ce que les plans gardés font apparaître, rangé à sa place.

    Ce qui appartient à Claire

    Ce qui appartient à Karim

    Ce qui appartient au contexte

    Si Karim manque de fiabilité, c’est à lui de le travailler, et Claire peut le lui dire, clairement, sans le juger. Mais elle ne peut changer que sa part. Comme dirigeante, elle peut aussi agir sur le contexte.

    6. L’objectif de Claire

    Formulé par Claire

    • Affirmatif
    • Sous son contrôle
    • Mesurable
    • Daté

    7. Le plan d’actions

    Sans objectif qui dépende d’elle, Claire ne peut pas encore construire de plan.

    Les options ouvertes · touchez celle qui vous semble la plus juste

    Les petits pas

      Objectif intermédiaire

      Engagement de Claire

      8. La scène rejouée

      Seule Claire agit autrement. Regardez ce que cela change chez les autres.

        9. Le bilan et l’autonomie

        Le chemin parcouru

          Ce que Claire sait faire seule, désormais

            La question qu’elle se posera seule, la prochaine foisQu’est-ce qui m’appartient, à moi, dans cette situation ?

            Carton finalClaire n’a changé que sa part. Les autres ont changé avec elle. Le jour où elle n’a plus besoin du monteur, le coaching a fait son travail.

            Et chez vous ?

            Dans vos réunions, qui annonce les mauvaises nouvelles, et à quel moment ?

            En parler avec Nicolas

            Scène fictive et composite. Une situation réelle dépend aussi de l’organisation, des moyens et du contexte, pas seulement de la personne qui dirige.

            Vous venez de revoir une scène. Vous n’avez pas à en tirer une conclusion immédiate.Si une situation réelle vous revient en tête, vous pouvez la remonter de la même façon : les faits, l’autre côté, la suite, et ce qui vous appartient.

            La scène et ses montages en version texte

            La réunion du lundi. Claire dirige une entreprise de 8 personnes. En réunion d’équipe, Karim annonce qu’une livraison client aura quatre jours de retard. Claire hausse le ton, devant tout le monde. Karim ne dit plus rien jusqu’à la fin. « Il fallait bien que quelqu’un siffle la fin de la récréation. »

            La demande de Claire : « Que Karim soit plus fiable. » Son film : Karim annonce encore un retard. Je recadre, c’est mon rôle. Le dossier repart.

            Bac 1 · Clarifier la demande (Les faits coupés). Karim n’est pas fiable : qu’est-ce qui, dans les images, permet de le dire ?

            • Toute l’année · Le registre des livraisons. Dans le classeur des livraisons, la colonne de Karim : 38 livraisons à l’heure sur 40. Le retard du mois dernier figure sur un autre dossier, géré par quelqu’un d’autre. Claire découvre : Le mot « encore » ne correspond pas aux chiffres. Ce n’est peut-être pas Karim qui manque de fiabilité : c’est l’image que j’ai de lui qui s’est figée. Objectif possible : D’ici deux semaines, vérifier mes impressions sur Karim avec les faits, avant d’en tirer une conclusion. Scène rejouée : Claire a ouvert le registre avant la réunion. Elle répond : « C’est rare chez toi. Qu’est-ce qui se passe ? » Karim explique, sans se défendre.
            • 9 h 12 · Gros plan sur Claire. Karim vient de terminer sa phrase. Claire lève les yeux de son ordinateur et dit un seul mot : « Encore ? » Le ton est sec. Deux personnes baissent la tête. Claire découvre : Mon agacement est arrivé avant l’information. J’ai répondu à une impression, pas à ce que Karim venait de dire. Objectif possible : Dès la prochaine annonce difficile, poser une question avant de réagir. Scène rejouée : Claire dit : « Je sens que je m’agace. Dis-moi où on en est. » Karim donne la date, et une piste.
            • 9 h 13 · Plan large sur la table. Claire parle pendant deux minutes : les délais, le client, l’image de l’entreprise. Personne d’autre ne prend la parole. Quelqu’un remplit discrètement les tasses de café. Claire découvre : J’ai parlé seule pendant deux minutes. Personne n’a pu dire ce qu’il savait. Objectif possible : À chaque réunion d’équipe, laisser chacun s’exprimer avant de trancher. Scène rejouée : Claire s’arrête après une phrase : « Qui voit une solution ? » Lucie propose de prévenir le client dès aujourd’hui.
            • 9 h 15 à 9 h 40 · Plan fixe sur Karim. Il note quelque chose dans son carnet, puis ne relève plus la tête. Au point suivant, il ne propose rien. À la fin de la réunion, il sort le premier. Claire découvre : Karim s’est fermé. Je risque de perdre l’implication de quelqu’un sur qui je compte. Objectif possible : D’ici la fin de la semaine, avoir avec Karim une conversation franche sur la réunion de lundi. Scène rejouée : Après la réunion, Claire va voir Karim : « Tout à l’heure, j’ai été sèche. Je veux comprendre ce qui s’est passé. » Karim raconte son week-end.

            Bac 2 · Explorer le présent (Le contrechamp · hypothèses à vérifier). Et de l’autre côté de la caméra, que se passait-il peut-être ?

            • Jeudi, 17 h · Karim au téléphone. Le transporteur lui annonce que le camion ne partira pas avant mardi. Karim cherche une autre solution tout le week-end, sans en parler : il ne voulait pas arriver lundi avec un problème sans réponse. Croyance : Quand on a un problème, on prévient tout de suite. Objectif possible : D’ici un mois, convenir avec Karim de la façon dont il me prévient d’un retard, même sans solution. Scène rejouée : Claire ajoute, clairement : « J’ai besoin que tu me préviennes dès que tu sais, même sans solution. » Karim s’y engage.
            • Depuis septembre · Un homme pour deux postes. Depuis le départ de son collègue en septembre, Karim gère seul toutes les livraisons. Il n’en a parlé qu’une fois, entre deux portes. Claire découvre : Si Karim est débordé, la question n’est plus seulement la sienne : c’est aussi celle de l’organisation que je dirige. Croyance : Chacun gère sa charge. Objectif possible : D’ici un mois, faire le point avec Karim sur sa charge et décider ensemble d’une nouvelle répartition. Scène rejouée : Claire : « Tu gères seul depuis septembre. On en parle cette semaine. » Karim souffle : il n’osait pas le dire.
            • Vendredi, 11 h · Un appel au standard. Le client appelle pour ajouter deux références à sa commande. Le message arrive dans la boîte générale. Personne ne fait le lien avec la livraison de Karim. Croyance : Si ça déraille, c’est que quelqu’un a mal fait son travail. Objectif possible : D’ici un mois, mettre en place avec l’équipe un circuit simple pour que les changements client arrivent à la bonne personne. Scène rejouée : Claire demande : « Par où est passé le message du client ? » L’accueil propose de transmettre les changements au responsable du dossier.
            • Le mois dernier · Un autre retard. Un autre dossier, géré par quelqu’un d’autre, avait déjà été livré en retard. Claire l’a encore en travers de la gorge. Son « encore » visait peut-être ce souvenir-là, plus que Karim. Claire découvre : Ma colère du mois dernier n’a pas été dite au bon endroit, ni à la bonne personne. Objectif possible : Dès la prochaine réunion, distinguer ce qui m’agace aujourd’hui de ce qui reste du dossier précédent. Scène rejouée : Claire : « Mon agacement vient aussi du dossier du mois dernier. Ce n’est pas contre toi. » Karim se détend.

            Bac 3 · Vérifier l’écologie (Les suites possibles). Si rien ne change, qu’est-ce que cette scène produira, et pour qui ?

            • Trois semaines plus tard · Une autre livraison. Une nouvelle livraison est en retard. Cette fois, personne ne l’annonce en réunion : Claire l’apprend par le client, le jour même. Claire découvre : Si je continue ainsi, j’apprends à l’équipe à se taire. Et c’est moi qui l’apprendrai la dernière. Objectif possible : D’ici la fin du trimestre, être prévenue de chaque retard dès qu’il est connu, en accueillant l’annonce de façon à ce que chacun continue à le faire. Scène rejouée : Trois semaines plus tard, un retard est annoncé le jour même. Claire : « Merci de le dire tôt. » La boucle ralentit.
            • Six semaines plus tard · Le profil de Karim. Karim a mis à jour son profil sur un site d’emploi. Il n’en a parlé à personne. Claire découvre : Je risque de perdre quelqu’un de fiable, en le traitant comme s’il ne l’était pas. Objectif possible : D’ici la fin du mois, dire à Karim ce que j’apprécie dans son travail, faits à l’appui, et lui demander ce dont il a besoin pour rester engagé. Scène rejouée : En fin de réunion, Claire : « Karim, 38 livraisons à l’heure cette année. Je ne te l’ai pas assez dit. » Karim reste après la réunion pour proposer une solution.
            • Le soir même · Les bons de livraison. Claire rentre tard. Elle a relu elle-même tous les bons de livraison de la semaine. Au dîner, elle parle de Karim jusqu’au dessert. Claire découvre : Ce que je ne confie plus, je finis par le porter seule. Jusqu’à la maison. Objectif possible : D’ici un mois, ne plus relire seule les bons de livraison le soir, et quitter le bureau à 19 h au moins trois soirs par semaine. Scène rejouée : Claire laisse les bons sur le bureau : « Karim, tu me fais un point vendredi ? » Karim prend le dossier en main, et Claire rentre à l’heure du dîner.
            • Un mois plus tard · Le client Durand. Le client Durand demande désormais à parler directement à Claire pour chaque commande. Il a compris que c’est elle qui tranche. Claire découvre : En reprenant tout en main, je deviens le passage obligé. Objectif possible : D’ici deux mois, que le client Durand ait un interlocuteur désigné dans l’équipe, et n’intervenir moi-même qu’en cas d’escalade. Scène rejouée : Claire appelle le client avec Karim : « Karim suit votre dossier, il a toute ma confiance. » La fois suivante, le client appelle Karim directement.

            Si Karim manque de fiabilité, c’est à lui de le travailler, et Claire peut le lui dire, clairement, sans le juger. Mais elle ne peut changer que sa part. Comme dirigeante, elle peut aussi agir sur le contexte.

            Claire n’a changé que sa part. Les autres ont changé avec elle. Le jour où elle n’a plus besoin du monteur, le coaching a fait son travail.

            Et chez vous ? Dans vos réunions, qui annonce les mauvaises nouvelles, et à quel moment ?

            SC !